Le timbre de la sonnette

Timbre sonnetteEn ce dimanche froid et pluvieux, vide de tout brevet, je n’aurai pas eu l’énergie d’affronter vent et giboulées. Enfin presque, un aller retour à la déchetterie aura suffi à mon bonheur, les cinq kilomètres du trajet me faisant revenir mouillé et transi.

Je me suis donc rabattu vers des activités d’intérieur, profitant de ce temps mort pour achever l’écriture d’un petit texte que m’avait inspiré la polysémie du mot timbre alors que j’envisageais de mettre en ligne quelques photos de timbres postaux relatifs au vélo.

Si j’ai provisoirement sursis à réaliser ce dernier projet, voici en attendant deux anagrammes à partir de l’expression « le timbre de la sonnette ».

« Le timbre de la sonnette », c’est ce que répondait Georges quand on lui demandait ce qui l’avait incité à acheter ce superbe vélo fitness en carbone.

Ceux qui ne le connaissaient pas prenaient immanquablement cette réponse au second degré et renouvelaient leur question précédée de « plaisanterie mise à part ». Mais Georges ne plaisantait pas et d’expliquer alors que la sonnette de son vélo présentait une particularité rare, celle d’émettre le « La » absolu et que ceci était à ses oreilles un motif suffisant pour choisir ce cycle.

Cette sonnette n’avait rien d’artisanal. Seul le hasard faisait que cette pure production industrielle présentât une telle propriété. Georges n’en était pas peu fier et il ne manquait pas dans ses sorties de faire tintinnabuler sa sonnette au moindre croisement ou dépassement, ce qui était plutôt inattendu, Georges faisant preuve d’une nonchalance certaine dans tout ce qu’il entreprenait.

L’autre singularité de Georges était qu’il s’habillait de noir en toute saison. Même au plus fort de l’été, il roulait en cuissard, maillot et casque noirs. Il était facilement reconnaissable et d’aucuns l’avaient surnommé le dillettante en sombre.

Le timbre de la sonnette le fit sursauter. Rémi n’attendait personne et se demandait qui pouvait bien le visiter à une heure aussi tardive. Ouvrant la porte, il se trouva devant un grand gaillard blond, l’air rigolard, en qui il reconnut Ted. Cela faisait au moins vingt ans qu’ils ne s’étaient plus vus, mais il n’avait eu aucune hésitation à l’identifier.

Ted n’était qu’un surnom que leurs copains de l’époque lui avaient donné par dérision, « Ted le sbire » pour être précis.

Ted se prénommait en réalité Reinis et avait quitté Riga et sa Lettonie natale pour venir étudier le Français à Paris à une période ou son pays était encore placé sous la dépendance de l’Union soviétique, lui même affichant ouvertement des sympathies pro américaines. A l’époque de la guerre du Vietnam c’était une posture non-conformiste qui lui valait la critique de ses condisciples d’où ce surnom aux consonances yankees affublé d’un vocable suggérant son allégeance à l’impérialisme américain.

Quand ils ne discutaient pas politique ou parfois tout en le faisant, nos deux amis pédalaient de concert se défiant en des sprints échevelés dont Reinis sortait souvent vainqueur.

S’étant tout raconté ou presque de leurs vies, ils en vinrent naturellement à évoquer leurs souvenirs vélocipédiques et ces fréquents duels. Rémi taquinant Reinis à propos d’une apparente surcharge pondérale, ce dernier se fit fort de lui prouver qu’il n’avait rien perdu de ses aptitudes physiques dans un nouvel affrontement cycliste. Rendez-vous fut pris pour le dimanche suivant.

Rémi avait choisi délibérément un itinéraire tortueux et accidenté propice à de nombreuses relances et sollicitant muscles et coeur. Malgré de fréquentes attaques Reinis tint bon et dans un ultime sprint, une fois encore, Ted le sbire letton mena.

Narcisse était cycliste.

Désappointement pour le chroniqueur zélé, ce n’est pas la relation des brevets dominicaux en des termes qu’il veut choisis qui attire les cyclistes internautes.

Ce ne sont pas davantage les itinéraires, des brevets ou personnels, parfois laborieusement reconstitués. Encore moins les anecdotes qui cherchent à rendre compte de l’ambiance de ces sorties.

Inutile de proposer des photos destinées à mettre en valeur les paysages rencontrés ou des aspects insolites, ignorés du cycliste pressé.

Je mesure en écrivant ces lignes la vanité de l’exercice, les pensées de leur auteur ne méritant sans doute même pas un regard distrait.

Non, j’en ai fait l’expérience en proposant les photos du départ de Lille Hardelot.

Ce que cherche le cycliste sur les blogs, c’est sa trombine.

J’ai battu tous mes records, modestes certes, de fréquentation journalière en mettant en ligne les images de Lille Hardelot prises sur la Grand-Place.

Les Courons du Nord apparaît même en première page sur une recherche « Lille Hardelot 2013 », du jamais vu. Certes, j’avais pu vérifier (Cf. l’article Le petit chat est mort (2) – mai 2009) que ce blog apparaissait en première page à partir de la recherche « Le petit chat est mort Radinghem », mais l’occurrence d’une telle recherche est sans doute plus rare.

Donc pour faire de l’audience, pas de littérature mais de l’image, le choc des photos sans le poids des mots.

Ma femme, qui se lasse de mon état d’impotence un peu trop récurrent ces derniers mois, m’encourage vivement à une reconversion : photographe-cycliste, plutôt que cycliste-photographe.

Je n’y suis pas vraiment prêt, même si j’y ai pris un plaisir certain et regretté de n’avoir pas un appareil plus performant.

Pour en revenir à ce qui fait surfer le cycliste, je ne suis pas très différent des autres. Je préfère l’avouer avant qu’Yves-Marie Verbeke ne révèle dans un commentaire que je lui demande fréquemment le fichier haute définition, quand j’apparais sur Cyclos59. C’est bien sûr pour illustrer mes propres articles, mais pas que…

Et quand le narcissisme se teinte d’un brin de mégalomanie, cela peut produire des photos un brin délirantes.

La Ronde des Nieulles 2012

Mon horizon pour les semaines à venir

J’avais, le samedi, complètement révisé mon vélo, étrennant par la même mon nouveau pied d’atelier Parktool et me réjouissais de participer à la Ronde des Nieulles par un dimanche que l’on annonçait beau. La balade s’arrêtera pour moi à hauteur du bois de Boulogne et se terminera aux urgences.

7h00, entre chien et loup, roulant sur la chaussée qui borde la Deûle en face du Bois de Boulogne, je m’apprête à rejoindre la piste cyclable terminale et démarre une diagonale. Un choc brutal me projette d’un coup par dessus mon vélo. Je réalise, après avoir repris mes esprits, que je viens de percuter une bordure de trottoir que je n’avais pas vue. Quelques contusions sur le côté droit mais surtout une douleur dans la jambe me dissuadent de poursuivre. J’examine mon vélo m’attendant à trouver la roue avant complètement voilée. Manifestement il n’en est rien et au prix de mouvements précautionneux et avec l’aide d’une barrière je parviens à me remettre en selle et faire en sens inverse les quatre kilomètres parcourus.

La descente de vélo et l’entrée dans la maison sera pénible et douloureuse. Ne souhaitant affoler ma femme en l’appelant à l’aide, je parviens par reptation à atteindre le salon et j’attends son réveil. Cela me donne le temps de réaliser que mon état n’est pas aussi bénin que je voulais le croire et qu’un passage par la case Urgences s’impose.

Un scanner confirmera le diagnostic de fracture non déplacée du bassin qu’une première radio n’avait pas permis de poser avec certitude.

Conséquence, deux mois de consolidation dont une bonne partie alité, la position assise étant interdite.

Me voilà donc pour quelques semaines, en croisant les doigts pour que la fracture ne se déplace pas, avec pour seul horizon la fenêtre et comme uniques sorties les visites de contrôle à l’hôpital.

Voila de quoi méditer sur la vie et les basculements dans l’existence. Un avant et un après qui survient en un instant. C’est une banalité de le concevoir mais autre chose de le vivre. Et encore je peux fonder l’espoir que l’état de dépendance dans lequel je me trouve est temporaire et que je retrouverai ma mobilité antérieure mais il n’en est pas toujours ainsi.

Rappel aussi de ce que solidarité veut dire car, sans l’aide de mes proches, je suis incapable de faire quoi que ce soit.

Pour en revenir à des considérations cyclotouristes, cet accident me conforte dans la conviction qu’il faut porter un casque en toute circonstance, même si l’on ne dévale pas des pentes à la vitesse de l’éclair. J’ai laissé une partie du mien sur le trottoir. Je vous laisse imaginer ce qu’il en aurait été de mon crâne sans cet accessoire.

Si le rythme des publications de ce blog va se ralentir, il ne s’arrêtera pas pour autant car j’ai quelques articles en stock que je vais savamment distiller jusqu’à la reprise, même si la fin de l’année n’est pas une période faste pour la route et que je m’abstiendrai sans doute cet hiver de renouer avec le VTT.

Bonne route et profitez de l’instant présent, du soleil, de la pluie et du vent.

 

Mon casque après la chute.

 

 

 

 

 

Le Vert Bois – Marquette 2011

De Marquette au Grand plaisir, il faut suivre le chemin noir.

Alors qu’il pleuvait des cordes la veille au soir, le ciel était bleu en ce dimanche matin.

Voilà qui était de bonne augure, après une semaine humide, pour le Rallye du Vert bois, organisé par l’Entente Cycliste Wambrechies Marquette, dont j’avais identifié le fléchage vert, bien visible, lors de ma sortie de ce 14 juillet.

J’avais exprimé dans l’article consacré à l’édition 2010 mon regret d’un départ empruntant des routes relativement fréquentées. Je n’aurai pas la prétention de croire avoir influé sur le tracé du parcours de cette année, toujours est-il que celui-ci prenait très tôt un tour champêtre.

Cette campagne mitoyenne de la ville et que l’on ignore, à suivre les grands axes routiers, ravive des réflexions sur nos choix d’urbanisation. Le modèle du pavillon de plain pied avec un grand jardin est-il encore soutenable ? Il n’est qu’à se promener dans les environs de Lille pour constater la progression des zones pavillonnaires. Sur le chemin du retour, un récent lotissement à l’entrée de Saint-André en est une parfaite illustration, où un étroit champ de maïs côtoie un alignement de maisons fraîchement construites. Sommes nous condamnés à densifier la ville si nous voulons préserver la nature et éviter de voir proliférer (j’avais écrit fleurir mais j’ai préféré éviter l’oxymore) les pancartes « non à la rocade » ?

Voilà de quoi méditer en pédalant.

Pour en revenir à l’itinéraire, à regarder la carte de près, passant par la Clé des champs on croise le Corbeau et par le Chemin noir on atteint Le grand plaisir. Parcours initiatique s’il en est.

Plaisir en tout cas de retrouver le soleil, accru par l’annonce de sa présence éphémère. Plaisir de pédaler sur des petites routes nouvellement asphaltées, le nez au vent, éprouvant la sensation, pour peu que ce dernier vous pousse un peu, de pouvoir avaler sans fatigue les kilomètres, accompagné par le discret ronronnement d’une transmission bien huilée.

Plaisir matinal car, trop vite, le temps allait changer et le ciel se couvrir jusqu’à nous gratifier d’une giboulée à hauteur de Steenwerck. Ce fut la seule de la matinée mais je ne regrettai pas d’être parti tôt car une fois rentré, à peine ma douche prise, c’est une pluie forte et quasi continue qui s’abattit.

Le parcours du 90 km est le suivant :

Marquette, Wambrechies, Verlinghem, Frelinghien, Houplines, Premesques, La Chapelle d’Armentières, Bois Grenier, Fleurbaix, Bac Saint-Maur, Croix au Bac, Steenwerck, Le Doulieu, Fromelles, Le Maisnil, Radinghem, Ennetières en Weppes, Le Maisnil, Premesques, Perenchies, Lompret, Saint-André, Marquette.

Le balisage est constitué des deux lettres VB peintes en vert. Départ salle rue Lalau, devant le domaine du Vert Bois

 

L’autoroute passe au pied de l’alignement d’arbres au loin (pas si loin)

 

 

 

Victor et son vélo couché

Quelques secondes plus tôt l’église de Steenwerck était puissamment éclairée. J’ai attendu mais n’ai pu retrouver un tel éclairage. Dans quelques minutes surviendra une giboulée.

Echanges sur les mérites et inconvénients respectifs du vélo « droit » et du vélo « couché »

Derniers mètres avant le casse-croute

Couleurs Unies de Ben et Tom