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Le randonneur bleu

Récent lecteur de la revue Cyclotourisme édité par la FFCT, j’ai constaté que les vélos dédiés à la randonnée cyclotouriste étaient appelés « randonneuses ». Rien de choquant à première vue si ce n’est l’emploi du féminin auquel je n’étais pas habitué, parlant plus volontiers de « randonneur ».

Je n’ai pas plus d’avis sur le sexe des cycles que je n’en ai sur celui des anges et suis donc disposé à utiliser l’une ou l’autre appellation. La logique voudrait que l’on appelât les vélocipèdes de randonnée des randonneurs et les bicyclettes de randonnée des randonneuses Mais il existe suffisamment de termes génériques du genre masculin pour accepter que ce soit l’inverse dans le cas présent.

J’ai cependant du mal à abandonner le masculin que j’emploie depuis mes jeunes années. A l’époque, le milieu des années 60, on parlait de randonneur. Je l’écrivais d’ailleurs mentalement « rang d’honneur ». Pour le jeune urbain que j’étais, le mot randonnée ne faisait sans doute pas partie du vocabulaire courant. Mais peut-être cela traduisait-il inconsciemment une dimension plus symbolique. Car le randonneur c’était un vélo de « grand ». Rouler en randonneur,  c’était quitter l’enfance, un rite de passage en quelque sorte qui justifiait qu’on y associât une notion de mérite (rang) et d’honneur.

J’ai néanmoins fini par comprendre ce qu’il en était sans que cela ne ternît l’image que j’en avais.

C’est pour ma première communion que je reçus mon premier randonneur, un magnifique vélo bleu de marque Motobécane.

Le randonneur, c’était le début de l’autonomie, des balades en dehors des environs immédiats de l’appartement. Il fallut négocier dur pour obtenir d’aller à la piscine, distante de quelques kilomètres, en vélo.

Je me souviens, avec des sueurs froides rétrospectives, des courses contre la montre que nous organisions l’été dans le quartier, au mépris complet des priorités à droite et du code de la route en général. C’est une grande chance qu’aucun d’entre nous n’ait été d’accidenté, même si la circulation automobile n’était pas aussi intense qu’aujourd’hui.

Le randonneur, ce fut également de nombreuses heures passées à le transformer ou à le réparer. Il était alors très chic de retourner son guidon vers le haut, lui donnant des allures de cornes de taureau. Ou de fixer sur les haubans des morceaux de carton qui, frottant contre les rayons, produisaient un bruit de moteur.

Notre vie commune s’est achevée dans le garage à vélo de la fac où je l’avais laissé fort imprudemment sans antivol. J’ai reconnu le garde boue arrière sur le vélo d’un congénère sans pouvoir formellement prouver le délit. Mais je l’avais suffisamment bricolé pour repérer les particularités du feu arrière.

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